À quoi sert l’Académie française ?

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Par : Nancy MARTINS

L’Académie française est une institution fondée en 1634 par le cardinal de Richelieu. Première des cinq académies de l’Institut de France, elle se compose de quarante membres, élus par leurs pairs et appelés « immortels ». Bien qu’il n’existe aucune condition de titre ou de nationalité pour obtenir un siège au sein de l’Académie, les candidats doivent cependant avoir œuvré pour illustrer la langue française au cours de leur vie. Et pour cause : l’Académie française fut créée dans le but précis de régler, fixer et perfectionner la langue française. Institution fondamentale et très puissante à l’époque de sa création et pendant plusieurs siècles, a-t-elle encore une réelle utilité à l’heure actuelle ?

L’Académie française : petite histoire et dates clés

En 1633, le cardinal de Richelieu apprend l’existence des réunions informelles d’un groupe littéraire formé par un petit nombre d’intellectuels.

Inspiré par le concept et prenant pour modèle l’Accademia della Crusca fondée à Florence en 1582, il décide, dès 1634, de donner naissance à l’Académie française. Il en sera le protecteur et Valentin Conrart le premier secrétaire perpétuel.

L’année suivante, les lettres patentes de Louis XIII définissent la mission de l’Académie et en font alors une institution officielle : elle sera vouée au perfectionnement et à la conservation de la langue française.

En 1638, démarre le chantier du premier Dictionnaire qui ne sera achevé que… 56 ans plus tard !

Pendant ce temps, les sièges de l’Académie se remplissent et les « immortels » atteignent le nombre définitif de 40. Se forme alors une compagnie de “ beaux esprits ” composée d’écrivains, de poètes, de philosophes, de dramaturges ou encore de grands aristocrates et diplomates.

Même si l’Académie n’avait officiellement aucune finalité savante ou politique, elle avait tout de même, grâce à ses membres issus du cercle Conrart, une place privilégiée dans l’espace sociopolitique de l’époque. De plus, l’Académie donnant son avis sur les œuvres littéraires, elle possédait également un certain pouvoir sur la vie intellectuelle et littéraire française.

Cependant, l’influence de l’Académie va diminuer peu à peu durant le siècle suivant, jusqu’à disparaître presque entièrement suite au décret de la Convention du 8 août 1793, supprimant toutes les anciennes académies royales.

Ce n’est qu’en 1803, grâce à l’arrêté du 23 janvier, que le Premier consul Bonaparte décide de restaurer les anciennes académies, mais simplement comme classes de l’Institut de France. La seconde « classe de langue et littérature françaises » correspond de facto à l’ancienne Académie française.

Suite à la Première Guerre mondiale, une vague de patriotisme favorise l’élection de plusieurs maréchaux, mais cet engouement pour la diversification du cercle ne sera que de courte durée.

Quelques décennies plus tard, sous l’occupation, certains membres de l’Académie s’engagent dans la collaboration. Le secrétaire perpétuel Georges Duhamel fait alors suspendre les élections, afin d’éviter la subordination de l’Académie au régime de Vichy. À la Libération, Georges Duhamel défend avec succès la cause de l’institution auprès du général de Gaulle. Grâce à la loi d’indignité nationale, qui prévoit que toute personne frappée d’indignité nationale et appartenant à un corps constitué, soit automatiquement exclue, les collaborateurs le sont donc de l’Académie.

Après tous ces aléas, l’Académie française n’était plus vraiment. Affaiblie, contrainte et destituée de son identité et de son rôle initial, elle peinera longtemps à reprendre sa place.

Il faudra attendre 2006 et la loi de programme pour la recherche, pour que L’Académie retrouve sa pleine indépendance, politique et financière, vis-à-vis de l’Institut de France.

Les missions originelles et actuelles de l’Académie française

La mission première de l’Académie française lors de sa création était de défendre la langue française, de la réguler et de la promouvoir.
« La principale fonction de l’Académie sera de travailler avec tout le soin et toute la diligence possibles à donner des règles certaines à notre langue et à la rendre pure, éloquente et capable de traiter les arts et les sciences » (article XXIV).

Elle était également responsable de la publication du célèbre Dictionnaire de l’Académie française, mais on attendait aussi de l’Académie qu’elle compose « une grammaire, une rhétorique et une poétique » (article XXVI), et qu’elle définisse « pour l’orthographe des règles qui s’imposeront à tous » (article XLIV).

Aujourd’hui, alors que son rôle est de « contribuer à titre non lucratif au perfectionnement et au rayonnement des lettres », l’Académie française semble avoir bien du mal à trouver sa place.

Elle joue pourtant un rôle important dans la vie culturelle française. Elle est d’ailleurs souvent consultée par les décideurs politiques et économiques sur des questions touchant à la langue et à la culture françaises, mais, en réalité, la seule fonction officielle qui lui reste est l’approbation des publications au Journal officiel d’équivalents francophones de termes techniques étrangers.

Actuellement, c’est essentiellement la Direction générale de la langue française et des langues de France (DGLFLG), qui dépend du ministère de la Culture, qui décide du sort de la langue française. Il est donc évident que l’Académie française ne dispose plus de son statut d’autorité normative et qu’elle est devenue une autorité morale, ce qui implique qu’elle n’est peut-être tout simplement plus utile.

L’Académie française a-t-elle un avenir ?

L’Académie française a sans aucun doute un rôle important à jouer dans la promotion de la langue française dans le monde. Elle doit cependant faire face à de nombreux défis, notamment la menace de l’anglais, la mondialisation et les nouvelles technologies, sans compter la désuétude du modèle sur lequel elle est fondée.

De plus, elle est aussi au cœur de nombreuses polémiques qui ternissent sa réputation et amoindrissent encore un peu plus son influence déjà en déclin.

Sa farouche opposition à l’écriture inclusive, son combat contre les cartes d’identité bilingues, ou encore le questionnement sur le train de vie fastueux des académiciens sont autant de dossiers qui donnent une image négative et qui amènent les Français à s’interroger sur l’intérêt et sur l’avenir de l’institution.

Envie d’en savoir un plus sur les premières versions du dictionnaire de l’Académie française ? Retrouvez notre série sur les Immortels dans notre blog.

Sources :

https://www.academie-francaise.fr

https://www.radiofrance.fr/franceculture/l-academie-francaise-est-elle-encore-utile-7236258

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